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« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Sachez que même si on avait compris depuis bien longtemps que ce concept relevait de l’utopie, à Cannes, ça s’apparente plutôt à la science-fiction, à degré de probabilité égal à la téléportation.


La chasse à la star.

Comme je l’ai dit précédemment, bien évidemment, le commun des mortels vient se promener à Cannes pour approcher du people. En tout état de cause donc, vous n’êtes pas surpris de voir devant chaque entrée d’hôtel de grand nom une masse de personnes s’entasser jusque sur la route. Alors on s’approche, nous aussi, mais encore une fois, il ne se passe rien. Il y a pas mal de mecs de la sécurité, qui ont l’air aussi sérieux que s’ils couvraient un éventuel attentat, des voitures noires qui attendent (aaah, c’est peut-être pour ça). D’après mon acolyte, le meilleur moyen de savoir si ça sert vraiment à quelque chose de se fondre au mouvement de foule, c’est de repérer s’il y a des vrais photographes. Donc, on demande à la personne devant nous qui c’est qu’on attend, mais parfois, personne ne sait. « Il parait que c’est Eva Longoria, dans quelques minutes… » Ah. 20 minutes plus tard, toujours rien. Des voitures s’arrêtent, des chauffeurs ouvrent les portes, et là encore : bide total, personne ne sait qui c’est. Un nœud pap sort d’une voiture, et le peuple attend qu’il ait passé la porte pour dire « Hey !! Edouard !! C’est Edouard Bauer !! ». Edouard se retourne, sourit à la foule, semblant rassuré d’avoir retenu l’attention de quelques-uns, finalement. Quand on pense qu’il y en a peut-être d’autres qui sont passés inaperçus, alors qu’une centaine de personnes était autour à attendre, on se dit que ça doit leur faire mal à l’ego, les pauvres.

Des stars, il peut y en avoir partout, c’est ça la magie de Cannes. Alors, le moindre photographe est suspecté, on regarde autour ce qu’il se passe. Parfois, non. Ce sont juste des photographes qui te regardent de la tête aux pieds et jugent si ton humble physique, et probablement le prix de ta robe et de ton collier, méritent selon lui un cliché ou pas. Et parfois, c’est parce qu’Eva va sortir dans quelques minutes du restaurant. Heureusement, la cinglée de Desperate, elle est plutôt easy going, et est reconnaissante que le peuple attende sa sortie de 4 secondes, même sous la pluie. Alors elle sourit, pose 1 seconde et demi et rentre dans sa voiture noire. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé pour elle, ce week-end là, mais d’après les dires des différentes foules, elle était susceptible d’être vue à tout moment, à tout endroit.

Les quidams à remarquer.

Cannes regorgeant de journalistes des quatre coins du monde et de gens à l’affût en général, c’est l’occasion pour le commun des mortels de faire preuve d’imagination débordante pour se faire remarquer. Notez que vu le degré d’excentricité, c’est tout un challenge. Mais ça, vous l’aviez vu, Martine l’avait bien compris, la coquine. Je ne suis malheureusement pas restée assez longtemps pour en voir assez, mais j’ai vu quand même des trucs pas mal. Du style, un homme déguisé en Madame Doubtfire, qui perd sa culotte de grand-mère tous les 4 mètres (oh bah mince alors, ça laisse le temps au peuple de le prendre en photo), lui-même suivi d’un photographe attitré en costume, probablement pour attirer la curiosité, qui réussit à faire chanter « Une souris verte » au gang des escabeaux. Ah là là, le pouvoir du charisme…

L’air de rien, un homme costumé en garde royal anglais promène ses deux petits cochons tatoués en laisse, deux femmes cramées aux UVs, aguichées de robes léopard ultra moulantes et rose fushia aux lèvres tiennent la pause devant le Carlton. Même Dorian, l’homme qui se prend pour la réincarnation de Dieu est présent, entouré de son cadreur et perchiste frôlant les 15 ans d’âge (merci à mon acolyte de l’avoir reconnu, enfin merci pour lui).
En bref, si on fait l’effort, tout le monde peut se faire passer pour quelqu’un que l’on doit photographier, au cas où. De l’excentrique original au mauvais goût poussé à l’extrême, ça marche.

Le peuple qui assume la crevard-attitude.

Si j’ai bien compris, à Cannes, c’est tout un système, parfois secret, pour avoir droit à son invitation à une projection. Il y a ceux qui ont le badge, qui le montrent bien fièrement, pendu autour de leur cou. Mais apparemment, ça ne suffit pas, il faut les invitations spéciales nominatives sur du papier scintillant, et ça, c’est plus subtil. Mais comme Cannes, c’est un peu le lieu de tous les possibles, certains du peuple se le tentent quand même. Alors, les filles sortent la belle robe (celle qu’on ne trouve pas chez h&m) et les talons, et les hommes, le costume pingouin. Et ils se promènent comme ça toute la journée avec une petite pancarte tenue sur le torse « invitations Like father, like son. Merci ». Ils se dressent également avant la séance aux entrées latérales (celles où personne ne vous prend en photo), et c’est à qui attirera l’attention d’un généreux privilégié le premier. Je peux vous dire que c’est pas de la rigolade, et que le ton commençait à monter entre une petite vieille et un quadra. Car à Cannes, chacun a sa théorie sur « Qui a le droit » à ça ou ça, comment il faut faire pour rentrer ici ou là, et ils n’aiment pas qu’on les contredise et qu’on leur fasse perdre leurs espoirs, croyez-moi.

Les soirées à Cannes (enfin, la).

Etant arrivées le jour où des trombes de pluie mélangées au vent qui déchiquetait tous nos parapluie premier prix, et s’étant tapé notre découverte des escabeaux pour la montée des marches de 22h, autant vous dire que ce jour-là, on n’avait pas trop la tête à se faire la queue par la tempête pour finalement se faire dégager. Dommage, car apparemment, c’était le soir où il fallait être de sortie.

Après notre montée en grade face au tapis rouge, nous avons élaboré des stratégies pour relever ce nouveau défi : rentrer dans une de ces soirées sur la plage, où tout le monde avait l’air de tant s’amuser la veille.
La file d’attente au McDo (dans lequel il y avait aussi là aussi des gens en costume, étrange) et 4 nuggets plus tard, nous voilà parties remontant la Croisette en direction de notre voiture-valise, en quête d’informations pour pouvoir passer ce cap en étant des moins-que-rien sur l’échelle des festivaliers.

A tour de rôle, on demande à tous les videurs si c’est possible de rentrer sans avoir de passe-droits.
Plusieurs réponses :
« C’est soirée privée » = va mourir, petite naïve qui y a cru.
« C’est sur invitation ou sur liste » = vu ta dégaine tu peux toujours courir, mais si tu aimes le frisson du suspense, tente toujours.
« Oui, c’est sur invitation ou sur liste, mais vous pouvez rentrer » = je m’ennuie, j’ai envie de t’intriguer et que tu me poses plein de questions.

Une chose est à noter quand même, c’est que tous ces gens qui bossent pour la sécurité du festival, sont plutôt très sympas, accessibles, et de bon conseils. Et surtout très sérieux, ne se préoccupant même pas de quelle vedette est là ou pas. A fond dans leur boulot, quoi.

Il est 22h, ça ne se bouscule pas encore, et nous voilà déterminées avec nos robes à prix cheaps et nos talons de chez le chinois, tentant l’impossible.
A l’entrée de ces soirées, il y a aussi des jolies filles qui détiennent entre leurs mains … les listes. Et ces filles, je vous prie, ne parlent qu’en anglais, et vous balancent « 
English please », si tu te le tentes quand même, pensant qu’elles ont les bases. Passons.
Après plusieurs allers-retours pour essayer de re-localiser les videurs de la 3ème catégorie ci-dessus dans le noir, on y arrive, mais, La femme-à-liste est là. On re-demande au cas où, direct en anglais, en mode 
« on sait qu’on va perdre mais on aura participé ». Et là, stupéfaction totale, la fille nous rappelle et nous sort « You girls wanna come in but you’re not on the list, right ? You gonna have a drink and wanna have fun ? That’s okay, but only for two of you, enjoy your night ! ». Whaaat ?!

Encore surprises, on descend les marches pour se retrouver au Magnum Cannes (là où toutes les stars sont allées, sauf ce jour-là). Le videur nous avait dit que tout était gratuit à l’intérieur, mais on était quand même un peu sceptiques. Et en fait, sachez que d’habitude, c’est vrai, tout est gratuit, c’est open bar. Sauf que ce soir-là, non, et qu’ici, la bière est à 10 euros. Mais, il y avait quand même un truc gratuit, le bar à magnums (les glaces hein). Et de pouvoir choisir plein de toppings différents pour son magnum, le tout très joliment fait, c’était plutôt pas mal. Petit moment de fierté quand le serveur nous a dit « Vous avez pas d’invitations ? Et vous êtes rentrées quand même ? Et ben, vous avez eu de la chance ! ». Je pense qu’on devait pas trop rentrer visuellement dans le moule des personnes qui ont les moyens, car dès qu’on s’approchait du bar, on nous disait avant même qu’on n’ait ouvert la bouche « Par contre, c’est payant, 15 euros la coupe ». Côté ambiance, c’était pas non plus la grosse bamboula, personne ne nous a parlé, et ça dansait pas des masses. Un petit show de pin-up dévergondées qui se déshabillent, le tout animé, encore, en anglais. Ca valait le coup d’œil, mais pas tant que ça, au final. Si l’air avait été moins frais, la petite terrasse donnant sur la plage nous en aurait mis plein la vue.

 
2 heures du matin, on est dimanche : c’est pas gratuit, y’a pas de stars et en plus ça ferme plus tôt.
Hop hop hop, on part au ViP, boîte dont on nous avait dit que l’accès était facile. Des filles surmaquillées et avec des cheveux aux allures de perruques passent un peu plus vite que les autres. On fait la queue, et miracle, tout le monde rentre, même nous. Enfin, ce qu’on ne savait pas, c’est que oui tout le monde passe, puis un autre videur un peu plus loin nous indique d’avancer tout droit et de tourner à droite. Sauf qu’à droite, c’est le trottoir… Très bons dans l’art de l’ascenseur émotionnel, ces cannois.

Alors pour savoir ce qui s’y passe, lisez plutôt le très drôle article de Sophie-Pierre Pernaut ou encore celui-ci, hilarant sur la Villa Sweppes.

Moralité, merci Cannes, seulement 36 heures et j’ai réussi à pondre 2 longs articles… Une immense source d’inspiration, une découverte de chaque instant sur le prolongement des limites de la nature humaine. Et avec tout ce que j’ai appris, je serai déjà rôdée si jamais j’y retourne l’année prochaine !!

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